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Mariage pour tous, société, politique, débat, humour et humeur

Deux joues rugueuses ? (témoignage 2/3)

13 Juillet 2013 , Rédigé par Traduction A. Fumey Publié dans #mariage pour tous

Traduction d'un article du New York Times. Quand l'utopie rencontre la réalité, celle-ci n'est pas forcément aussi rose...Ce témoignage montre combien l'amour de deux hommes ne remplace pas un papa et une maman, et ce même s'il est difficile de le reconnaître.

Parfois, quand ma fille âgée de 7 ans est blottie dans son lit et que je la borde, elle m’appelle maman. Je suis un père au foyer. Mon partenaire masculin et moi avons adopté nos deux enfants à leur naissance, en adoption simple nationale. Nous pourrions remplir la maison de tantes, sœurs, grand-mères, amies, mais pas de mères.

Ma fille dit ‘maman’ d’une curieuse manière, avec une voix haut-perchée. Bien que je renvoie intérieurement cet honneur à sa mère biologique, je suis flatté. Mais également attristé parce qu’elle s’exprime d’une voix qui n’est pas la sienne. C’est sa voix empaillée. Elle n’exprime pas seulement l’affection, elle exprime aussi la séparation. Elle peut jouer la relation mère-fille, mais ne peut utiliser sa véritable voix, ni l’avoir pour de vrai.

J’ai vu deux types d’arguments dans les discussions sur l’adoption homosexuelle. Le premier est l’argument des droits civiques. Vous les trouvez dans le livre de David Strah, Pères homosexuels, une consécration de la paternité, qui contient des interviews de pères homosexuels. « Les hommes dans ce livre sont sortis de l’ombre, ont lutté pour leurs droits et finalement triomphé » peut-on lire. « Ce sont des héros, et leur héroïsme est un don pour leurs enfants. »

Le livre ajoute : « Si se déclarer était le premier pas et se constituer en mouvement le second, alors peut-être l’affirmation de notre droit fondamental à être parents est le troisième pas dans notre évolution en tant que communauté. » L’argument n’est pas tant à propos des voix ou sentiments des enfants que ceux de leurs papas.

Davantage centré sur l’enfant, mais reflétant néanmoins les valeurs des adultes, est le second argument : l’idée de parents aussi bons que les autres, comme développée dans la série de publications sur l’adoption par les gays et lesbiennes de l’institut d’adoption Evan B. Donaldson. Le résumé du rapport 2006 affirme : « Les recherches en sciences sociales concluent que les enfants éduqués par des parents gays ou lesbiennes se comportent de façon similaire à ceux élevés par des hétérosexuels selon un ensemble de paramètres d’ajustement social et psychologique. » Les enfants des pères homosexuels (ou mères lesbiennes) se comportent aussi bien que ceux de père et mère, affirme l’étude. Etre un bon parent compte pour les homosexuels, exactement comme pour les gens normaux.

Ce qui n’est pas dit dans les deux arguments, et que j’estime valide, est la voix de l’adopté – celle de ma fille en l’occurrence. Sa conscience d’être orpheline de mère ne s’adresse pas à quelqu’un en particulier. Je ne veux pas m’approprier la voix de notre fille mais je veux parler pour elle, et son frère ainé, et je veux témoigner de leurs sentiments.

Etre « orphelin de mère » dans une adoption simple n’est pas aussi simple qu’il y parait, parce qu’il y a une mère biologique qui revient dans les vies de nos enfants et repart. Et lorsqu’elle n’est pas physiquement présente, elle est – selon de nombreux témoignages d’adoptés adultes – toujours présente dans les rêves, les histoires imaginaires, les sentiments d’absence et inquiétudes.

Dans une adoption plénière, ou internationale, il y a aussi une mère – parfois en photo mais toujours dans le récit de la naissance de l’enfant, qui commence aussi pour eux par « quand tu étais dans le ventre de ta maman. » Quand la mère survient dans la vie de nos enfants c’est essentiellement une merveilleuse expérience. C’est plus dur quand elle repart, pas seulement pour la tristesse du départ d’un adulte aimé, mais également parce que cela repose la question difficile et douloureuse : pourquoi est-elle partie la première fois.

Au départ la réponse repose essentiellement sur nous, et nous devons aider nos enfants à construire une histoire honnête sur les circonstances et le monde injuste où nous vivons, et pourtant affectueux et respectueux envers la mère. Pour y parvenir, les familles homosexuelles doivent créer un espace émotionnel où la mère existe comme une réalité, un espace où on peut lui parler sans gêne ni retenue.

De sorte que c’est une dénomination trompeuse que la ‘parentalité sans mère’. De plus, le monde extérieur autour de nos enfants voit des mères là où il n’y en a pas. A chaque sortie en public en tant que famille vient la question d’un étranger sur la mère des enfants : un enfant sans mère semble inconcevable. Lorsque je me retrouvai un jour à l’école pour récupérer mon fils malade après un appel de l’infirmière, nous tombâmes sur sa classe dans le hall. L’un des garçons nous vit et s’exclama : « Hey, où est ta mère ? »

C’était vraiment embarrassant, parce que notre fils s’était présenté à ses camarades de classe au début de l’année avec des photos de notre famille et de sa famille de naissance. Cela avait fait une profonde impression. Le garçon qui nous avait interpelés n’avait aucun doute sur la situation de notre fils, et il n’était certainement pas malintentionné. Mais il n’était tout simplement pas en mesure de voir objectivement un père et son fils malade, et introduisait une mère qui aurait été là dans la plupart des cas. Les forces de la normalité, comme j’aimerais les appeler, sont fortes et peuvent provoquer des difficultés et de la confusion pour les enfants qui vivent en marge de cette normalité.

Les parents homosexuels, habitués à composer avec ces forces, devraient être attentifs à l’effet sur leurs enfants. Ces questions touchent la fibre sensible de l’identité de l’enfant, l’identité d’un orphelin de mère. Le monde extérieur répète à longueur de temps – pas méchamment, mais comme un fait – vous n’êtes pas comme nous. Nous devons donner à nos enfants la possibilité d’exprimer cette vulnérabilité, et témoigner la tristesse et la complexité de se sentir différent. (Et en être fier aussi bien)

Comment réagir à ces questions d’absence de mère et de vulnérabilité est un choix personnel. Il y a des circonstances pratiques, comme le lieu de vie, l’école des enfants, les clubs ou églises que vous fréquentez, les amis et la famille que vous recevez à dîner, le lieu de vacance. Pourtant l’idée fondamentale derrière des pères homosexuels devrait être que c’est super pour un enfant d’avoir deux pères, et que ne pas avoir de mère au quotidien peut être dur. Et que c’est normal d’avoir envie d’une joue douce plutôt qu’une rugueuse.

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JFK 15/07/2013 10:49

Mr de Fibu, je comprends tout à fait le sens de cet article et je ne peux qu'adhérer à certaines situations décrites. Pourtant, j'ai envie de poser deux questions annexes qui expliquent pourquoi vous faites fausse route dans ce combat:
-lorsque je dépose mes enfants à la crêche, il réclame leur maman et souhaite rester avec nous : dois je en déduire qu'il faut que je combatte pour les mères au foyer (pareil pour l'école)?
-quand je vois les enfants de divorcés, dois je lutter contre le divorce et les mères célibataires (ou pères)?
Tout cela pour résumer ma pensée: dans la société actuelle; certaines situations entraînent des cas (ou des moments) de détresse ou manque affectif pour les enfants. Pour autant, ne faut il pas regarder plutôt le bonheur global de l'enfant? Le mariage gay aujourd'hui ne me pose pas de problème. L'adoption pour les gays pourrait me faire me poser des questions. Encore que, les parcours d'adoption étant tellement délicats et difficiles que les enfants sont entourés d'amour. La PMA, là, selon moi, c'est une autre histoire.
Dans tous les cas, je pense que votre combat n'est pas le bon. Lutter contre la violence dans les ménages (homme, femme ou enfant), lutter contre la pauvreté devraient être les bons combats. La lutte que vous menez est anecdotique par rapport à d'autres problèmes de sociétés. Il y a et aura beaucoup plus d'enfants en difficulté dans nos banlieues que dans les couples homos...
Au plaisir de vous lire...

Marc 16/07/2013 23:47

Il y a une différence entre un deuil accidentel ou conjoncturel (le dépôt à la crèche) et un deuil lié à un événement prémédité. Il s'agit là d'un témoignage d'un homo. C'est tout. La PMA est déjà annoncé. Et tout cela ne fera qu'asservir et appauvrir l'homme : qui sinon des femmes pauvres va louer son ventre pour que de riches business womens continuent à avoir le ventre plat.